Diversité et parité: parole aux administratrices

 

13 décembre 2022 - Une vingtaine de dirigeantes et d’administratrices se sont réunies à l’hôtel Birks le 24 novembre dernier lors du lancement du numéro hors-série « Diversité et parité » de Premières en affaires.

Nathalie Beauregard , associée du bureau de Montréal , Osler

Le déjeuner, animé par la journaliste Emmanuelle Latraverse en présence de la nouvelle ministre de la Condition féminine Martine Biron, a donné lieu à des échanges sur les avancées de la diversité et de la parité au sein des conseils d’administration et de la haute direction. Voici un résumé des réflexions les plus marquantes de l’événement.

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Le dernier rapport du cabinet d’avocats Osler permet de mesurer l’ampleur des changements apportés à la composition des conseils d’administration au Canada. Comme l’a souligné Nathalie Beauregard, associée du bureau de Montréal de Osler, la société canadienne a franchi des jalons importants, et les bénéfices de la diversité ne sont désormais plus à faire. Mais ce n’est pas suffisant. « Aux conseils d’administration des sociétés inscrites à la TSX, seulement un membre sur quatre est une femme, a-t-elle remarqué. Au TSX60, la proportion grimpe à 36 %. Certaines entreprises québécoises comptent toutefois plus de 50 % de femmes à leur CA. C’est le cas par exemple du Groupe TVA et de Saputo. » Le rapport d’Osler permet aussi d’apprendre que l’on compte seulement 5,3 % de femmes PDG au Canada. Au Québec, la Loi 4 devrait changer la donne.

« Aux conseils d’administration des sociétés inscrites à la TSX, seulement un membre sur quatre est une femme, a-t-elle remarqué. Au TSX60, la proportion grimpe à 36 %. Certaines entreprises québécoises comptent toutefois plus de 50 % de femmes à leur CA. C’est le cas par exemple du Groupe TVA et de Saputo. » - Nathalie Beauregard , associée du bureau de Montréal , Osler

La mairesse de Brossard, la deuxième femme à accéder à ce poste et la première issue d’une communauté culturelle, constate que la politique demeure un bastion masculin. « Moins d’un maire sur quatre est une femme, a déploré Doreen Assaad. Je crois pourtant que le tissu de la communauté doit être reflété au pouvoir. » Ses propos faisaient écho à ceux de la nouvelle ministre de la Condition féminine, Martine Biron. « J’ai fait le saut en politique parce que je suis convaincue que les femmes ont leur place dans les lieux de pouvoir, où elles mettent en lumière des réalités négligées », a-t-elle raconté. Selon elle, la parité doit être vue comme un avantage et une richesse pour notre société.

« J’ai fait le saut en politique parce que je suis convaincue que les femmes ont leur place dans les lieux de pouvoir, où elles mettent en lumière des réalités négligées » - Martine Biron, ministre de la Condition féminine

« Seulement 18 % des chefs d’entreprise sont des femmes. Nous nous devons d’exercer une influence positive pour aider les autres femmes et les jeunes filles qui nous entourent à progresser. » L’associée fondatrice de la firme TACT Conseil, Manon Genest, qui siège au conseil d’administration d’Investissement Québec, a raconté que c’est parfois difficile de trouver des femmes prêtes à prendre la parole. « Nous avons par exemple collaboré avec l’Union des municipalités du Québec pour promouvoir la place des femmes en politique. Pourtant, même si on était là pour les accompagner, plusieurs hésitaient. »

Le télétravail, un recul ou une avancée ?

La doyenne de l’École de gestion John-Molson, à l’Université Concordia, qui siège au conseil d’administration d’Hydro-Québec, s’inquiète des conséquences du télétravail. « Je suis préoccupée par la jeunesse. Le télétravail garde les jeunes femmes à la maison. Ça crée un glissement dans les postes de gestion. » Elle voit aussi une certaine régression dans le rôle des femmes dans la société puisque celles-ci ont plus tendance à rester à la maison que leur conjoint si un enfant est malade, par exemple. Caroline Renaud, vice-présidente et cheffe de marché chez BMO Gestion privée, partage cet avis. « Quand vient le temps de promouvoir quelqu’un, c’est sûr que je vais penser d’abord aux employés que je côtoie au bureau », a-t-elle confié.

Influence positive

Plus d’une participante a mentionné l’existence de la falaise de verre, ce phénomène qui pousse les entreprises à nommer une femme au poste de PDG quand tout va mal. Anne-Marie Croteau a notamment souligné l’importance d’avoir du soutien, particulièrement en temps de crise. Stéphanie Lepage, directrice marketing et stratégie de marque pour WSP Canada, est d’accord. « Si l’on se tient entre femmes, qu’on s’épaule, c’est ainsi qu’on grimpe les échelons », a-t-elle dit.Peu importe l’industrie dans laquelle elles travaillent, plusieurs femmes présentes ont l’impression d’encore évoluer dans un monde d’hommes. C’est le cas de l’associée principale de SGTM Architectes, Dominique St-Gelais, qui a expliqué le défi de composer des équipes de gestion paritaires : « Les femmes sont pourtant plus à l’écoute des besoins des clients. Dans un monde où l’on veut concevoir des projets qui se démarquent, elles sont plus conciliantes. » Danive Herard, aussi, voudrait améliorer les choses. C’est pour cette raison qu’elle a fondé HRD Recruitment, une firme de recrutement de gestionnaires et de cadres supérieurs issus de la communauté ethnoculturelle et des groupes sous-représentés. « J’ai vu là une occasion. Notre diversité fait notre force », a-t-elle expliqué. Cindy Dormoy, spécialiste, développement des affaires et de la clientèle chez Olser, voit tout de même la progression dans le milieu juridique : « Je n’aurais jamais pensé voir une associée directrice il y a quelques années. »

 

Les quotas, un incontournable

Isabelle Leclerc, vice-présidente des ressources humaines de Toromont Industries, n’a pas mâché ses mots. « Ça me scie les jambes de constater que près de 30 % des conseils d’administration au Canada sont uniquement masculins et qu’on s’en contente. » Elle a ajouté que les hommes doivent impérativement s’impliquer si l’on veut assister à un réel changement. « On le sait toutes qu’on est bonnes. On a besoin de leur appui. » Emmanuelle Latraverse a pour sa part relevé en terminant que la méritocratie reste très forte. « Ce n’est pas encore ancré de penser à des femmes pour un poste de direction, d’imposer des quotas, a-t-elle remarqué. On a un devoir en tant que femme d’ouvrir la porte à d’autres. C’est la meilleure façon d’atteindre la parité. »